Ce que ma grossesse a changé

Dans mon corps

J’ai eu beaucoup de chance, je n’ai quasiment pas eu de « petits désagréments » pendant ma grossesse. A part durant les deuxième et troisième mois où les nausées me m’ont pas laissé beaucoup de répit, j’ai été assez tranquille. Ni rétention d’eau, ni tension, ni prise de poids excessive, ni MAP, ni fatigue intense, ni vergetures, ni remontées acides, etc. (je t’autorise à me détester) Ma grossesse n’a donc pas laissé de marques visibles sur mon corps (même pas une cicatrice de césarienne ou une épisiotomie – là, tu me hais, je le sais).

De ces neuf mois il reste donc peu de chose : la peau légèrement flasque au niveau du ventre, quelques kilos en trop sur les cuisses mais finalement assez peu et des cheveux ressemblant à un mix entre une crinière de lion et une botte de foin. La seule vraie « marque » qu’il me reste sépare mon ventre en deux dans la verticale par une ligne brune allant jusqu’au sternum. J’ai eu une linea nigra très marquée, foncée, épaisse et dépassant le nombril. C’est presque le seul souvenir que j’ai de mon ventre rond (dont je ne suis pas vraiment nostalgique cependant), la seule preuve sur mon corps que j’ai été enceinte un jour. Ma sage-femme m’a conseillé de faire des gommages et de bien hydrater cette zone pour la faire disparaitre mais j’avoue que je ne le fais pas. Elle peut rester autant de temps qu’elle veut cette ligne, je la trouve si belle cette marque brune qui me rappelle la grossesse.

Dans ma tête

Je ne suis pas revenue sur mon ressenti durant la grossesse et pour être honnête, je ne me suis pas sentie transcendée. Ce n’était pas un moment désagréable et vu le peu de désagrément que j’ai eu je serais prête à signer pour une seconde grossesse identique de suite, mais je ne me suis pas sentie « différente ». Peut-être que c’est seulement ce qu’on veut nous faire croire : que la grossesse est un moment unique et hors du temps où on se sent épanouie et sur un petit nuage. Je n’ai rien ressenti de tout ça. Bien sur les premiers mouvements de l’Héritier m’ont tiré une petite larme, j’ai été émue et incrédule quand j’ai vu des vagues onduler sous ma peau, je n’ai pas détesté mon corps transformé et ai même pris du plaisir à me pavaner telle une dinde. Mais je ne me suis ni sentie au summum de ma féminité, ni au point culminant de ma vie. C’était bien, mais c’était pas l’extase non plus.

Par contre ma grossesse a un peu remis en perspective ma façon de voir les autres femmes enceintes. J’avais tendance à trouver celles qui s’arrêtaient avant le congé officiel fainéantes ou faibles, je répétais à qui voulais l’entendre que « la grossesse n’est pas une maladie » et je ne comprenais pas tout à fait l’existence de caisses prioritaires pour les femmes enceintes. Je suis désormais plus indulgente, même si je n’ai pas moi-même vécu ces situations, je les comprends. J’entends qu’on puisse être fatiguée, qu’on se plaigne même si on a voulu cet enfant de plus profond de sa chair, qu’on soit arrêtée parce que le corps ou la tête ne suivent plus le rythme imposé par la grossesse. Je pose désormais un regard plus empathique sur les ventres ronds qui soufflent dans les escaliers.

Mais je jalouse toujours… on se refait pas. Je sais qu’il n’y a pas des femmes/couples qui méritent plus que d’autres d’avoir des enfants, mais je ne peux pas m’empêcher de tenir les comptes pour les personnes de mon entourage. Les femmes enceintes croisées dans la rue ne me serrent plus le cœur, mais les grossesses trop proches de moi font encore monter un petit goût amère dans ma bouche, surtout avec les impatients. Ceux qui font des enfants ou se marie alors qu’ils sont en couple depuis moins longtemps que le Crapaud et moi me font toujours grincer des dents. Je ne sais pas si ce sentiment passera, mais la grossesse n’a pas guéri ma jalousie.