(In)faillible

Face à ce bébé qui hurle de douleur à cause de coliques, je me sens démunie.

Devant les progrès qu’il fait chaque jour, je me sens forte.

Quand il refuse le sein en hurlant pour finalement s’endormir avec la tétine, je me sens inutile.

Mais quand il se met à pleurer dès que je quitte son champ de vision, je me sens indispensable.

Quand à grand renfort de sanglots il essaie de se faire comprendre sans succès, je me sens nulle.

Et quand je devance ses demandes, j’ai l’impression de le comprendre mieux que quiconque.

Quand je lui râle dessus à l’occasion d’un troisième réveil de nuit, je culpabilise.

Et ses gazouillis au petit matin me font tout oublier et me remplissent de joie.

Quand on me dit qu’il n’est pas assez gros pour son âge, je doute.

Et lorsque j’entends dire qu’il est très éveillé, je bombe le torse de fierté.

Quand il a réservé ses premiers éclats de rire à son père, j’ai été jalouse.

Et puis j’ai pensé à toutes les premières fois à venir, et j’ai souri d’avance.

Parfois je me lasse de l’avoir constamment dans les bras, et je me sens mauvaise.

Et j’appréhende en même temps de le laisser bientôt, ce qui me rassure un peu.

Souvent je me sens incapable devant ses pleurs, ses douleurs, ses angoisses

Mais beaucoup plus souvent encore, je me sens infaillible grâce à toute la force que me donnent ses sourires.

Depuis presque 3 mois, mais déjà avant sa naissance je crois, ma vie est un ascenseur émotionnel. Des montagnes russes où je me sens un instant infaillible et la seconde d’après au fond du gouffre. Où les moments de doutes se succèdent aux moments où je suis sûre de moi, et ça n’est pas près de s’arrêter…