Douce fin lactée

C’était prévisible. Je l’ai peut-être même cherché plus ou moins inconsciemment. Il faut dire qu’en supprimant les tirages en journée, je m’attendais un peu à ce que ma lactation se casse la figure. Il y a eu les vacances de Noël, 2 semaines en fusion avec mon tout petit qui ont permis de prolonger un peu l’aventure, mais il a bien fallu retourner au travail.

Et puis j’ai été malade, l’Héritier aussi, les nuits hachées menu ont fait leur grand retour. La fatigue, les défenses immunitaires au 36ème sous-sol, un bébé qui tête peu et la lassitude aussi… je n’ai pas voulu relancé la machine. Les biberons exceptionnels de lait artificiel sont devenus quotidiens. Nous avons acheté du lait en bouteille en plus des petites briques de Bléditruc que nous utilisions jusqu’ici. Moins cher, plus pratique, et « nature » contrairement aux briques.

Le lait artificiel a pris de plus en plus de place dans nos journées : tous les soirs puis un matin de temps en temps, puis soir et matin quotidiennement. L’Héritier tête encore une fois de temps en temps, pour vider ce qu’il reste. J’y prends le plaisir des dernières fois, mais je n’attends pas la dernière tétée avec angoisse.

Je n’envisageai de toute façon pas d’allaiter jusqu’au sevrage naturel, l’idée de continuer jusqu’à un an était mon grand maximum. Je prends cette porte de sortie maintenant qu’elle se présente, craignant que le sevrage soit plus difficile avec un bébé plus grand et qu’il se remette à refuser les biberons d’ici là, comme il avait fait entre 6 et 7 mois. J’aurais allaité exclusivement jusqu’à la diversification, en complément des solides jusqu’à 7 mois et en mixte jusqu’à 8 mois et demi. Je visais 6 mois, j’ai gagné mon pari. 9 mois dans mon ventre et presque autant au sein, je pense que je peux considérer que j’ai rempli ma mission.

Voilà, ce qui paraissait impossible il y’a quelques mois, je l’accepte maintenant sans tristesse, sans peine. Moi qui refusais en bloc le lait artificiel au moment où j’ai repris le travail, qui me suis battue pour l’exclusif, je tourne maintenant cette jolie page lactée, sans regrets.

J’ai un peu d’émotion bien sur devant la fin de cette aventure. La même émotion qu’on ressent à l’école à la fin de l’année scolaire, celle qui arrive quand on quitte une maison, un travail, des collègues. On sait que ça devait arriver, on l’accueil avec plaisir, mais la nostalgie est quand même là.

J’espère ne pas regretter ce choix de laisser le lait s’en aller doucement. J’écris aussi ces mots pour ça, pour me souvenir que j’aurais pu oui, mais que je n’ai pas voulu et que mes raisons étaient bonnes quand même. Que l’énergie et le temps liés à la relance d’une lactation je ne l’avais plus. Que gagner quelques semaines de lait dans le stress des quantités n’était plus pour moi, j’ai assez donné pendant les 4 mois de tirage au travail.

Cette parenthèse lactée va bientôt se fermer. Je vais finir d’utiliser mon stock de lait congelé, me garder des souvenirs de ces moments. Il restera quelques photos, un bijou de lait et des milliers d’instants gravés dans ma mémoire. Et il y aura d’autres tétées je l’espère, mais pas avec l’Héritier, avec un autre bébé pour une autre aventure. Différente surement, peut-être plus difficile, mais je la souhaite tout aussi longue et tout aussi savoureuse.

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