Derniers instants d’attente

J -14

Après 2 semaines de congé maternité, le gong des 39 SA sonne comme un glas. Aucun signe n’annonce l’arrivée de l’Héritier, je commence à sérieusement m’impatienter.

J-13

La matinée me donne de beaux espoirs avec contractions non douloureuses rapprochées et bonnes douleurs dans le dos. Je reste en pyjama jusqu’à 15h craignant de me salir si jamais la poche se perce. A 17h, les contractions s’espaçant je me résigne à prendre une douche et m’habiller.

J-12

Je termine mon dernier flacon d’huile contre les vergetures et j’ai trop chaud dans mon manteau de grossesse qui était génial pour l’hiver. Il est vraiment temps que l’Héritier sorte.

J-11

Des maux de ventre me réveillent et me remplissent d’espoir. Je déchante 1 heure plus tard en me rendant compte qu’il s’agit de simples coliques. Je googlise « diarrhée annonce accouchement » (glam) et termine la journée en croisant les doigts, SuperMamsdu53 ayant accouché le lendemain de sa grosse courante (re-glam). Le Crapaud m’annonce en rentrant le soir qu’il a aussi été malade, je désinfecte le frigo en pensant que Docti c’est vraiment de la m*rde.

J-10

C’est l’anniversaire du Crapaud. Exceptionnellement je laisse cette journée s’écouler sans rien espérer, le Crapaud ayant émis le souhait de ne pas partager sa date de naissance. Mon utérus est coopératif et se tient tranquille.

J-9

De grosses contractions me réveillent, elles sont bien plus fortes que celles que j’ai pu avoir avant. Je passe la journée à les noter sur mon appli et quand elles deviennent régulières je file à la douche. Elles se calment pendant mais repartent tout de suite après. Je pars promener le gros chien en espérant faire descendre ce bébé qui me semble encore bien haut. En rentrant les contractions deviennent plus fortes et plus longues mais ne se rapprochent pas encore. On attend toute la soirée, je rajoute quelques trucs dans ma valise et prends un Spasfon. Les contractions s’espacent encore tout en restant fortes. Finalement on se couche et je suis seulement réveillée par quelques grosses contractions dans la nuit.

J-8

Un fin de journée, des contractions de la même intensité que la veille arrivent, je me demande alors si ça va être le même manège tous les soirs. Mais cette fois, elles se rapprochent rapidement et reviennent toutes les 6 à 7 minutes. Je commence à bien dérouiller mais je gère, j’entreprend mon chemin de croix à chaque contraction : je marche doucement en soufflant jusqu’au bout du couloir (c’est mon pic, le retour est la descente), quand je reviens dans le salon la douleur est passée, et j’attends la prochaine debout en me dandinant car je ne supporte absolument pas les positions couchée ou assise.

J-7

A 3 heures du matin les contractions de la veille sont toujours là. Elles ne se sont ni rapprochées ni intensifiées mais le Crapaud trouve que ça commence à être long (et il doit en avoir marre de m’entendre geindre au bout du couloir). 2 Spasfon et un bain n’y ont rien fait, on boucle la valise et on pars à la maternité. Arrivés là-bas l’examen me met un petit coup au moral : col effacé mais ouvert à seulement 1, pour tant de douleur ce n’est pas cher payé. Suivent 45 minutes interminables de monitoring sanglée allongée sur le dos alors qu’il n’y a que debout que je me supporte. Le verdict tombe : l’Héritier va bien, les contactions sont encore trop espacées et « trop peu douloureuses » selon la Sage-femme. On rentre à la maison.

Je passe la fin de la nuit de 5 à 8 heures du matin à reprendre mon chemin de croix (et geindre un peu plus fort) quand enfin les contactions s’espacent pour me laisser 30 minutes de répit entre chaque et me permettre de dormir un peu. La journée passe et comme mon corps semble disposé à travailler la nuit, dès que la luminosité baisse les contractions reviennent de plus belles.

Elles sont plus douloureuses, dans les hanches et je sens que cette fois l’Héritier est bien descendu. Et elles sont surtout plus rapprochées, toutes les 3 à 4 minutes. Pour la énième fois je repend mon chemin de croix, j’arpente, je me dandine, je souffle et je gémis aussi. Avec le Crapaud on se fixe des objectifs : je prends 2 Spasfon à la dernière pub de Koh Lanta, une douche à la fin et si ça s’arrange pas on file à la maternité.

On arrive peu avant minuit, une sage-femme au visage d’ange nous accueille, m’examine et prononce la phrase qui illuminera cette fin de journée :  » vous êtes à un bon trois, on va passer en salle ».

*Mise à jour du décompte*

H-10

J’annonce à la sage-femme que je ne veux pas de la péridurale, enfin pas tout de suite, je me gère encore, mais je ne veux pas être allongée. Elle s’adapte, me sangle le monitoring un peu fort pour que je puisse rester debout et me dandiner. Ces 45 minutes passent bien plus vite que celles de la veille. Une fois fini elle nous envoi marcher. Nous déambulons donc dans les couloirs déserts de la maternité, façon visite touristique entrecoupée de gémissements, ce moment reste hors du temps.

H-7

Puis ça s’intensifie, j’ai mal, je suis fatiguée par les presque deux jours de douleur qui viennent de passer. J’essai de me raccrocher aux phrases clé du livre que j’avais pris pour me préparer mais je perd pied. Difficile de hurler dans le couloir sans qu’on me redirige dans le bâtiment de la psychiatrie, alors on retourne en salle et le Crapaud, démuni, sonne la sage-femme.

Avec beaucoup de douceur elle me prend la main : « Vous gérez? ». Je fais « non » de la tête et éclate en sanglots. A aucun moment elle ne prononcera les mots, ne voulant pas m’influencer : « On fait quoi? ». Je chouine, je ne veux pas baisser les bras même si je sais que je vais finir par céder. Je m’y résous doucement le temps qu’elle m’examine. On est passé 5, la moitié du chemin, j’abdique. Elle m’aurait dit 7 j’aurais essayé encore je crois, mais là je cède. L’anesthésiste et son infirmier arrivent à me faire rire entre deux contractions, ils essaient de me faire lâcher le prénom de l’Héritier mais par superstition, et par esprit de contrariété aussi, nous ne voulons pas le prononcer avant qu’il est poussé son premier cri.

H-5

On dors, on blague, on prend des photos de nous en blouse d’hôpital. La sage-femme revient me voir toutes les demi-heure pour m’aider à me tourner, à rester mobile. Je la sonne simplement pour la tenir au courant que « ça coule ». Après la fissure, les contractions sont plus ressenties malgré la péridurale, le Crapaud appuie donc une première fois sur la poire qui permet de remettre une dose d’anesthésiant.

H-3

La dilatation ralentie un peu, avec notre accord la sage-femme fini de percer la poche des eaux. Les douleurs se font de nouveau ressentir, le Crapaud appuie ne nouvelle fois sur la poire.

H-2

La sage-femme au visage d’ange m’annonce que la dilatation est complète, mais elle est déçue. Elle termine sa garde et va devoir passer le relais, un premier bébé ne sortira pas assez vite pour qu’elle fasse l’accouchement, la délivrance et la paperasse avant de pouvoir retrouver ses enfants. Nous continuerons donc le chemin avec une autre sage-femme, véritable tourbillon d’énergie et qui nous suivra jusqu’à la fin.

H-1

J’ai re-mal et très envie de pousser. Ça commence à être long, je m’impatiente, je veux mon bébé, là, tout de suite! On sonne, mais les sages-femmes sont débordées en ce lendemain de pleine lune alors on nous fais attendre. Au dernier examen l’Héritier était encore haut, à lui de faire le boulot pour descendre comme un grand sans que j’ai à pousser pendant des heures. Entre temps le Crapaud, sur mes ordres, appui 3 à 4 fois sur la poire, mais le système bloque pour éviter le surdosage.

M-10

L’Héritier fait tellement bien son boulot que le Crapaud sort dans le couloir chercher de l’aide, personne n’ayant répondu à la sonnette. J’ai l’impression pendant un instant qu’on va devoir sortir notre bébé tous les deux, sans aide et je panique. La sage-femme tourbillon arrive enfin et m’annonce qu’on « voit une mèche de cheveux »! Je panique encore plus, j’ai soudain envie de garder ce bébé pour moi seule, après tout je peux bien le garder une semaine de plus, c’était ce qui était prévu.

M-8

Sage-femme installée, aide soignante aux petits soins me tenant la main, Crapaud fébrile, on y va.

M-4

Après 2 contactions et 6 poussées, la sage-femme me demande si je veux toucher la tête : je panique à nouveau (non mais quelle idée!). Le Crapaud rappel juste que je souhaitais attraper mon fils, j’avais presque oublié.

M-2

En plein effort, on me dit d’arrêter de pousser. Je me demande pourquoi, chouine, m’inquiète. En fait l’Héritier se débrouille, il n’a déjà presque plus besoin de moi.

0h00m00s

Je tends les bras, saisis un petit corps visqueux et chaud et le colle contre moi en pleurant. On me donne de quoi le sécher, je le renifle, le sers. Le Crapaud nous caresse les mains, puis va couper le lien qui nous reliait. Impatiente, la sage-femme attend la révélation, le prénom. Nos pleurs s’arrêtent, laissant place au silence, et le Crapaud prononce :

L’Héritier