Y croire

3 semaines après avoir découvert qu’un petit œuf avait eu la bonne idée de s’installer en moi, je crois que je ne réalise toujours pas complètement. J’ai du mal à me projeter plus loin que le mois prochain, à anticiper ce que sera, peut-être, la suite des événements.

La joie est là bien sur. Je me sens comme détentrice d’un secret connu de moi seule, un peu flottante dans ce monde, hors du temps et hors d’atteinte. Mais l’appréhension est là elle aussi. Elle est arrivée au même moment que la joie et elles se battent constamment toutes les deux pour le haut du podium.

J’aurai envie de savourer simplement et me laisser porter par la vague sans me poser de questions mais je n’y arrive pas. Chaque jour je me demande si tout va bien, si ça va continuer, s’il n’y aura pas de problème. Le moindre signe positif ou négatif, et même l’absence de signe, est disséqué et analysé. J’en ressors ensuite de la confiance (au moins jusqu’au lendemain) envers ce petit quelque chose qui (je l’espère) grandit en moi ou un psychotage intensif me conduisant aux toilettes toutes les heures « pour vérifier ».

J’ai du mal à croire que c’est vrai, qu’il est là et qu’il va probablement y rester. J’ai du mal à prononcer les mots « enceinte » ou « grossesse » même pour prendre rendez-vous avec la sage-femme. Je n’ose pas y croire. C’est arrivé si vite, mais après tant d’attente, c’est paradoxal. Je crois que malgré les années pendant lesquelles j’y ai pensé, je ne m’étais pas préparée. Je suis au point sur le lexique médical, la puériculture et les différentes étapes qui se profilent. Il me manque la confiance et l’insouciance. La faute aux années passées à éplucher les sites, documents et forum traitant de mon sujet de prédilection ? A cause de ces années je ne peux pas ignorer les risques, je les connais trop bien.

Ne pas parler de ce qui est en train de se passer ne m’aide pas non plus à me rendre compte et à aborder les sujets futiles et doux plutôt que les risques possibles. Nous ne l’avons encore dit à personne mis à part les professionnels de santé croisés depuis (soit 2 personnes). Je n’ai pas envie de le crier sur les toits non plus, mais en parler rendrait sans doute les choses plus « réelles ». Bien sur, nous en parlons avec le Crapaud, mais encore une fois nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde (et ce n’est pas forcément ce à quoi tu t’attends… j’en reparle bientôt).

Alors j’essais d’apprivoiser cette idée qui n’a pour l’instant pas de répercussions ailleurs que dans ma tête. Mes symptômes sont quasi inexistant (ce qui ne fait rien pour me rassurer), évidemment aucun mouvement et aucune sensation ne prouve que ce que je vis est bien vrai. A part un taux sur la feuille du labo et un + sur un test bleu (je l’ai gardé, j’avoue… je sais c’est dégueu, mais au moins je ne l’ai pas mis sur Facebook) je n’ai pas de preuve tangible, alors je n’y crois pas tout à fait même si je ne cesse d’y penser.

Peut-être que quand je l’aurai vu, que je l’aurais constaté par moi-même de mes yeux de Saint-Thomas, je pourrais le dire. Mais pour l’instant, même l’écrire est difficile.

PS : je n’ose même pas créer une nouvelle catégorie sur le blog…

13 réflexions sur “Y croire

  1. Moi aussi, j’avais garder le teste de grossesse … quasiment jusqu’à 5 ou 6 mois, quand le bidon se voit bien et que tu le sent, alors j’ai eu moins besoin d’un petit bâtonnet pour me prouver que c’était bien réel …
    Encore que, jusqu’à l’accouchement, j’ai attendu le moment où quelqu’un aller rentrer et dire « en fait non, c’était une blague » … arg … le psychotage de la femme enceinte !

    • Je vois ma nouvelle sage-femme demain (qui a l’air trop gentille d’ailleurs mais ça ne m’étonne pas! 😉 ) j’espère qu’elle va me prescrire ça et qu’on va pouvoir y aller d’ici peu. Je vous fais mariner avec la réaction du Crapaud j’adore! ^^

  2. tu as très bien exprimé ce paradoxe je trouve : on peut attendre très fort quelque chose, mais sans s’y être vraiment préparé pour autant. Je crois que j’étais exactement comme toi juste avant que les essais démarrent… C’est allé « vite », c’est vrai, mais tu vas assimiler les choses petit à petit, j’en suis sure. Fais toi confiance, la maman qui sommeille en toi n’est pas très loin, j’en ai la certitude 😉

  3. Il y a un temps pour tout et le temps de la prise de conscience est parfois long face au manque de « signes ». Fait toi confiance et ne psychote pas trop. Je suis certaine que la première écho changera déjà une partie de ton vécu…
    Moi aussi j’ai hâte de savoir pour le crapaud!!

    • Je garde les réactions de mon Crapaud pour moi pour l’instant 😉
      Je pense aussi que l’écho devrait beaucoup aider. A moins que mon corps ne se décide à m’envoyer des signaux, c’est qu’il a tenté de faire ce matin quand j’ai ouvert mon frigo… pour très vite le refermer (on se rend pas compte à quel point c’est horrible les odeurs qui se mélangent dans un frigo!!^^)

  4. Toutes mes félicitations Lily !
    Je suis ton « attente » depuis le début et suis ravie pour toi … En plus ça peut fermer le caquet de ceux qui disent « faut pas y penser » ! 😉
    Vivement l’écho …

  5. J’imagine comme il doit être difficile de réaliser ce qu’il nous arrive quand on l’attend depuis si longtemps…

    Je vais te raconter une anecdote marrante. Il y a deux ans, j’ai voulu un poulain de ma jument. J’avais selectionné un bel étalon SF. Les saillies avaient eu lieu, puis l’écho et ma jument était vide. Nous avons voulu re-tenter mais elle n’a plus déclenché de chaleurs. J’étais extrêmement déçue et je m’étais résolue à laisser tomber l’idée de la faire pouliner.

    L’année dernière, ma jument a passé 3 mois avec le poulain d’une amie. Entier, mais vu son jeune âge, les saillies (fertiles) nous semblaient improbables.
    Au mois de mars cette année, ma jument a commencé à faire de la mamelle, à grossir à vue d’oeil. Tout le monde m’assurait qu’elle était pleine, qu’il n’y avait aucun doute possible. Jusqu’au jour de la mise bas je n’ai pas pu y croire. Je pensais que la levure de bière que je lui donnais pour fortifier crins et cornes la faisait gonfler et entraînait des montées de lait. La veine de lait s’était transformée en « c’est peut-être un abcès ou quelque chose de grave ». Je m’étais imaginé tous les scénarios possibles pour ne pas croire à cette gestation que j’avais tellement souhaité.

    Aujourd’hui, ma petite Feijoa a 5 mois et est une magnifique pouliche en pleine santé 😉

    Bisous à toi, et zeeeeeen….

    • C’est plus simple de faire l’autruche c’est vrai, même quand tout le monde nous le prouve par a+b. J’ai une copine à qui il est arrivé la même chose (mais pas à sa jument à elle!^^), elle ne voulait pas y croire alors que tout le monde lui disait qu’elle était enceinte : elle a découvert sa grossesse à 3 mois, son entourage le savait avant elle! Quand on ne veut pas voir…
      Mais ça va mieux depuis quelques jours, les symptômes aident, je ne peux plus nier!^^

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